NUITS SANGLANTES À LA FRICHE DMC

(article paru le 25/10/2013 dans le Journal L’Alsace • Frédérique Meichler • www.lalsace.fr)
Depuis lundi, le bâtiment 75 de la friche DMC et ses abords servent de cadre au tournage d’un film sombre, très sombre… Et il faut attendre la nuit pour entrer dans le vif du sujet.

Le public mulhousien devrait découvrir le film de Matthias Wissmann au printemps prochain dans les murs de Motoco à la friche DMC.Photos Dom Poirier

Le public mulhousien devrait découvrir le film de Matthias Wissmann au printemps prochain dans les murs de Motoco à la friche DMC. Photos Dom Poirier

« Quand nous sommes venus ici en repérage avec Matthias Wissmann qui a écrit le film, on a réfléchi peut-être deux secondes. C’était une évidence ! On a visité pas mal de sites ailleurs, mais ici, c’est vraiment ce qu’il fallait pour le tournage. »

Nina Klein est étudiante à l’Université d’Offenburg en Allemagne, à la faculté Medien und Informationswesen, filière qui regroupe les disciplines autour des médias, l’information, le cinéma…. Dans l’équipe qui tourne actuellement un court-métrage à DMC, c’est elle qui gère tout l’aspect financier et logistique. « Je m’occupe du budget, je suis une personne très stricte ! Je regarde toutes les questions matérielles, pour que le réalisateur, Matthias Wissmann, puisse travailler tranquillement, que tout soit prêt, qu’on puisse respecter le timing… »

Concrètement, depuis le 22 octobre et jusqu’à samedi inclus, une vingtaine de personnes investissent le bâtiment 75 et ses abords pour le tournage du court-métrage, Dunkelkammer (Chambre noire), une histoire obscure réunissant trois protagonistes, une femme, Marie, photographe et… amateure de chair humaine, son amant Finn et son « ex » qui dans la fiction, n’a pas de nom.

De 17 h à 5 h du matin

L’équipe travaille la nuit. Les gens arrivent vers 17 h sur le site et en repartent… vers 5 h du matin. Pour les besoins du tournage, l’équipe a installé des décors dans différents espaces du bâtiment 75. Au rez-de-chaussée, la salle à manger de l’héroïne, truffée d’indices suspects (trophées de chasse, mobilier vieillot et poussiéreux récupéré à Emmaüs, toiles d’araignée authentiques…).

Dans l’atelier secret de la dame, des morceaux de mannequins, membres amputés et ensanglantés, un congélateur qui sert à conserver les corps et sur les murs de sa chambre noire, des photographies éclaboussées de rouge… Un film d’horreur, donc, avec un vampire féminin à la clé. Un film pour faire vraiment peur ou pour rire ? « Non, non, ça fait vraiment peur et il y a beaucoup d’effets spéciaux ! Au début, ça commence comme une histoire romantique, une jeune femme très belle et très fleur bleue invite un homme à prendre le thé. Après, c’est de plus en plus bizarre et inquiétant….» On ne va pas tout révéler quand même.

Nina Klein explique la genèse de cette aventure cinématographique qui mûrit déjà depuis trois ans. « Ce projet s’inscrit dans la démarche du programme interrégional Design Rhin Supérieur dont l’objectif est de créer des synergies entre les universités et les écoles françaises, allemandes et suisses, les universités d’Offenburg et de Bâle et la Haute école des arts du Rhin. Cela permet aux étudiants de travailler ensemble, découvrir les fonctionnements des uns et des autres… »

L’esprit Motoco

Grâce à cette dynamique, Nina Klein a suivi des workshops avec Mischa Schaub, initiateur du projet Motoco, elle a découvert le site de DMC, tissé des liens avec des Mulhousiens… « Comme notre budget est limité, nous n’avons pas d’argent pour l’hébergement, nous sommes logés chez des personnes de Motoco, de l’École d’art… C’est vraiment génial, ça permet la rencontre avec des gens qui vivent ici et qui peuvent nous parler de la ville, même si on n’a pas beaucoup de temps pour se voir. »

L’esprit Motoco règne à tous les étages. Les portes sont toujours ouvertes. De jour comme de nuit, on peut se croiser dans les couloirs, partager un café ou plus si affinités, découvrir l’activité des uns et des autres, voire, mutualiser des compétences. Bref, de la culture partagée qui fait fi des frontières et des barrières linguistiques.

Matthias Wissmann a commencé le cinéma à l’adolescence, avec un copain, Kevin Hartfield. « On avait 14, 15 ans, et on faisait déjà des films d’horreur… Parce qu’on aime bien cet univers. » S’ils ont tourné ensemble une bonne dizaine de films, l’auteur de Dunkelkammer en retient cinq « sérieux ». Tous des courts-métrages et tous chargés d’hémoglobine. « C’est mon genre préféré, avec les comédies noires » , précise-t-il.

Le public mulhousien devrait pouvoir découvrir le film au printemps prochain. D’ici là, il sera présenté à divers festivals. « On souhaite le projeter dans le lieu même où il a été tourné, indique Nina Klein, mais il faut qu’on attende la fin de l’hiver, à cause du froid. » Dommage ! Par moins dix, au cœur de la nuit et des bâtiments déserts de DMC, le spectateur serait mis dans l’ambiance… immédiatement !

LAISSEZ UN COMMENTAIRE