ANNE IMMELÉ

Depuis 2001, Anne Immelé développe des séries photographiques qui s’inscrivent dans un rapport politique et poétique au monde, questionnant la relation de l’individu à la communauté et la possibilité du partage d’une expérience commune dans les villes contemporaines.

Elle a publié deux livres aux éditions Filigrane, Paris : En 2003, WIR avec le philosophe Jean-Luc Nancy, puis en 2009 Les Antichambres qui évoque l’intranquillité des paysages urbains de l'espace rhénan. L’édition WIR réunie des photographies prises dans différents territoires canadiens et Rhénans, et fait suite à une résidence de 3 mois à Stuttgart, soutenue par la DRAC Alsace. 

La collaboration avec Jean-Luc Nancy se poursuit au fil des années, et a donné lieu au texte L’approche / Die Annäherung publié en Allemagne et en France en 2008, ainsi qu’à une conversation filmée WIR+10 en 2013.

L’édition Twin cities (Kunsthalle Mulhouse 2011) s’attache à trois villes jumelées à Mulhouse (Timisoara (RO), Chemnitz et Kassel (DE) vues à travers les nuages et le thème de l’identité, et fait suite à des séjours photographiques dans les villes concernées.

En 2013, elle fonde, avec Jean-Yves Guénier, la Biennale de la photographie de Mulhouse dont elle assure la direction artistique, la programmation et le commissariat des expositions. Ses recherches curatoriales font suite à une thèse de Doctorat en Arts, soutenue en 2007 à l’Université de Strasbourg, à paraître sous le titre "Constellations photographiques" chez Médiapop éditions. Parmi les expositions dont elle a assuré le commissariat citons  Les Temps Satellites.

Ces différents engagements témoignent de son implication dans la vie concrète du monde de l’art contemporain ainsi que des questionnements qui l’animent, en particulier dans le domaine de la photographie.

Photographe et docteur en art, Anne Immelé enseigne à la Hear, Haute école des Arts du Rhin et à l'Université de Strasbourg. Elle vit et travaille à Mulhouse et Strasbourg. Elle intervient régulièrement à l’étranger, comme à l’Université Concordia de Montréal en septembre 2013.

But...the clouds, Timisoara, 2012

But...the clouds, Timisoara, 2012

But… the clouds consiste au déploiement de drapeaux-nuages à différentes échelles, villes, pays, continent ou monde entier. Le projet est toujours en cours. En 2012, les drapeaux ont été déployés dans des villes jumelles Les drapeaux-nuages ne véhiculent pas l’idée de patrie, mais posent des questions liées aux communautés, aux identités nationales, aux flux transfrontaliers et à la fraternité. L’installation des drapeaux-nuages dans l’espace public de chacune des villes jumelles a pour but de créer un appel poétique, une méditation sur la nature humaine, au-delà des considérations matérielles et économiques. L’installation s’adresse à tous les habitants des villes.
Extrait de la série memento mori

Extrait de la série memento mori

"Die Bildfolge Memento mori schildert die Verwundbarkeit, die unbeständige und sterbliche Eigenschaft aller Wesen oder Dinge. Indem die Fotografie nur das Erscheinungsbild unserer Umgebung und der für uns bedeutende Menschen zeigt, hinterfragt sie das Vergängliche der Dinge und der Leben. Die Bildfolge assoziiert teilweise gelöschte Polaroïdbilder aus den 60iger Jahren und digitale Bilder, die mit dem Erscheinungsvorgang spielen. In diesen Bildern, die « nie endende Augenblicke » zeigen, wird die spektrale Dimension der Fotografie hervorgerufen." /// La séquence Memento mori figure la vulnérabilité, la nature instable et mortelle de tout être ou chose. En ne montrant que l’apparence de ce qui nous entoure, des êtres qui nous sont chers, la photographie questionne le caractère éphémère des choses et des vies. La séquence associe des polaroids, en partie effacés, datant des années 1960 avec des images numériques qui jouent sur le processus d'apparitions. La dimension spectrale de la photographie est convoquée dans ces images qui montrent des "instant qui n’en finissent pas". Agencements de photographies exposées au Kunstverein de Freiburg (DE) et à l'espace d'art contemporain André Malraux de Colmar; en lien avec l'ouvrage "Figures de l’éphémère : sur la dimension de memento mori dans la photographie" paru dans la collection Cahiers Recherches, Université de Strasbourg.
Extrait du livre Les Antichambres

Extrait du livre Les Antichambres

Die im Buch "Les Antichambres" – die Vorzimmer versammelten Fotos zeigen funktionelle Architekturarten, die von Leere geprägt sind. Ein Abstand zwischen den Gebäuden und deren Funktion hat sich gebildet und dies schafft eine Spannung. Dieser Abstand besitzt eine der grundlegenden Eigenschaften der Fotografie : die Distanz - der Bruch zwischen der Wirklichkeit und ihrer fotografischen Darstellung. Diese Distanz ist ein Riss, ein Spalt zwischen der Wirklichkeit und seiner Darstellung. Jochen Gerz bezeichnete diesen Raum als no man’s land – zugleich mentaler und fiktiver Raum. Um es anders zu sagen, ein Raum von Wahrnehmungen, von den Gedanken bewohnt. Dieser Raum hat dieselbe Funktion wie der See, dessen Form man in Stadtansichten wieder findet. Wie bei diesem Fußballfeld oder bei diesem betonierten Raum mitten im Rasen, oder noch bei diesen Pflanzen im Vordergrund. //// "Les antichambres " sont des images qui montrent un état des choses, un état des lieux. Ces images pourraient paraître calmes, sereines, harmonieuses, reposantes... or j'espère qu'il n'en est rien. Malgré leur apparence immobile et hiératique ce sont des forces intranquilles que je souhaite convoquer. Les paysages urbains nous montrent des habitations récentes, des parking, des chantiers, des lieux incertains, mais tous sont caractérisés par ce que je nommerais le "nivellement". Souvent il s'agit de nivellement au sens géographique du terme, nivellement du sol qui a été aplani pour y construire un immeuble par exemple. Il s'agit également du nivellement social avec ces immeubles qui ne convoquent pas la diversité, la singularité mais nous montre obstinément ce qui est du registre de la similitude, du même. Une uniformité, un formatage méticuleusement organisé. Les portraits jouent de la faille entre l'extériorité, la surface du visage enregistré par l'appareil photo et l'intériorité - toujours inaccessible. Dans cette faille, se joue quelque chose qui pour moi est du registre d'un effondrement.
WIR
Extrait du livre WIR

Extrait du livre WIR

"Das Buch WIR beinhaltet Schwarz-weiß-Fotos, die ich von 1995 bis 2002 gemacht habe. In diesem Buch erscheinen die ersten Seefotos. Das Wasser hat sich allmählich in Stadtfotos eingeschlichen, die ich in Quebec aufgenommen habe. Ein Schwimmbad in einem Hotel, Ein Robbenschwimmbecken, oder ein leerer Parkplatz: viele Bilder, die an Seen erinnern. Was ich als See bezeichne, ist nicht unbedingt eine « große Süßwasserfläche », sondern im weiteren Sinne irgendein Bereich, irgendeine leere Fläche, die in einem Raum eingeschlossen ist. Immer wieder habe ich nach diesen Formen im Stadtraum gesucht. 1998, zurück im Elsass, nach zwei Jahren in Quebec, habe ich angefangen, vogesische Seen zu fotografieren. Diese Bilder sind mit der Schwere eines Lichtes verbunden, das in seiner spektralen Dimension betrachtet wird. Die Dimension der Lichtspur ist hier mit der Dimension des Erinnerungvermögens der Fotografie zu verbinden." //// "Le livre WIR réuni des photographies prises de 1995 à 2002, en noir et blanc. C’est dans ce livre, qu’apparaissent les premières photos de lacs. L'eau s'est immiscée peu à peu dans des photographies urbaines prises au Québec. Une piscine dans un hôtel, un bassin d’otaries, ou un parking vide : autant d’images rappelant les lacs. Ce que je nomme « lac » n’est pas uniquement une « grande nappe d’eau douce », c’est par extension, toute étendue, toute aire vide enserrée dans un espace. De manière récurrente, j’ai recherché ces formes dans l’espace urbain. En 1998, de retour en Alsace, après deux ans au Québec, j'ai commencé à photographier des lacs vosgiens. Je voulais me confronter directement à la surface de l'eau qui, dans mes photos, est un élément existentiel nous renvoyant à nous-même. Dans le livre WIR, ces photos de lacs sont associées avec des vues urbaines et des personnages pris dans leur pensées. Les images sont reliées par la pesanteur d’une lumière considérée dans sa dimension spectrale. La dimension de trace, d’empreinte lumineuse est à relier ici avec la dimension mémorielle de la photo."
Lac, extrait de WIR

Lac, extrait de WIR

« Foto, Momentaufnahme ; an meiner Stelle – die Welt. Denn die Welt, das Geöffnete, der große Abstand, das bin ich, das ist mein Aufbuch und meine Ankunft. Das ist mein Gehen und mein Kommen, das ist meine Annäherung, das ist das, was sich mir annähert. » Jean-Luc Nancy, Die Annäherung, Salon Verlag, Cologne./// « Photo, instantané : au lieu de moi, le monde. Car le monde, l’ouvert, le grand espacement, c’est moi, c’est mon extension, ma dilatation, mon éloignement. C’est mon départ et mon arrivée. C’est mon allée-venue, c’est mon approche, c’est ce qui s’approche de moi. » Jean-Luc Nancy, L'approche, éditions de La Phocide, Strasbourg.