EMMANUELLE JENNY

ARTISTE DESIGNER

Trips and travels sway one’s vision of things. In theory, nobody comes back empty-handed from a trip, short or long, close or faraway, well or badly received. It is a way to work one’s senses and intellect. Surprise, change, unusual experiences are an encouragement to intellectually evade from one’s everyday life so that imagination can be triggered. However, would not there be another way to travel, or even to feel like travelling without actually moving from home? Would it be possible to share travel experiences with people who cannot move? Maybe thanks to poetical travels shared through different perceptions.

Based on a reflection about the ordinary, my textile design artwork revolves around time perception, the way people live in society and the consumption of objects made ordinary through accumulation, as well as the notion of identity. In this sense, my experimental research includes what is expected of an artistic approach.

My various travels abroad help me nourish and build my work.

My choice to direct my work towards identity in general comes from the research that I made in Morocco in 2009, when the scarf revealed itself to be a factor of distinction and remoteness with regard to the women who I met in the country. As time passed, this dissimilarity was fading! The perception local people had looking at my occidental woman hair and my own perception of the scarf became usual. I was wondering what my perception would be like when coming back to Europe.

Keeping in mind these various identity considerations, my work constantly questions the dichotomies created by these different interpretations: in/out, reality/absence, nature/culture, ordinary/exceptional.

The hair, which all eyes are on, constitutes another means of questioning. It is all about retrieving, working and manipulating what is sometimes hidden, sometimes displayed, and what is always a mark of identity. The hair hidden behind de scarf. The hair revealed by the scarf.

Here, the hair (sensual and forbidden object) expresses what words cannot or are not allowed expressing. The scarf for instance, a beautiful and meaningful object which reflects luxury, is also a symbol of scandal and controversy as a function of societies and the values conveyed by them, and according to the way the scarf is worn.

Through this medium, I question our vision of what is sometimes taboo and often a subject of disagreement on what is supposed to define our “identity”.

Se déplacer ou voyager influe sur notre vision des choses. On ne revient, a priori, jamais bredouille d’un déplacement qu’il ait été court ou long, proche ou lointain mais également qu’il ait été bien vécu ou pas. C’est un moyen de faire travailler ses sens et son intellect … La surprise, le changement, l’inhabituel, poussent à voir autrement et surtout à s’évader intellectuellement de son quotidien, de sorte que l’imagination aussi entre en action. Mais n’y a-t-il pas un moyen d’arriver à voyager ou encore avoir la sensation de se déplacer sans même bouger ou sortir de chez soi ?  Serait-il possible de faire partager une expérience de déplacement à des individus n’ayant pas le loisir de se déplacer ? En essayant peut-être de faire partager, selon des perceptions singulières, des voyages poétiques.

À partir d’une réflexion née autour de la banalité, mon travail d’artiste designer textile s’articule autour du rapport au temps, à la façon de vivre dans la société et à la consommation d’objets devenus ordinaires par accumulation mais également à la notion d’identité. En ce sens mes recherches expérimentales intègrent les attendus d’une démarche artistique.

Mes différents déplacements à l’étranger nourrissent et construisent mon travail.

Le choix d’orienter mon travail sur la notion d’identité en général découle de recherches effectuées au Maroc en 2009 au cours desquelles le foulard s’est révélé être un facteur de différenciation et de distanciation à l’égard des femmes rencontrées résidentes de ce pays. Au fil du temps cette dissemblance s’estompait ! : le regard porté sur mes cheveux de femme occidentale par les habitants et le mien porté sur le foulard était devenu habituel. Quel allait être mon regard à mon retour en Europe ?

Gardant à l’esprit ces diverses constructions identitaires mon travail interroge alors les dichotomies créées par ces interprétations : extérieur/intérieur, réalité/absence, nature/ culture, banal/exceptionnel.

Le cheveu, objet de tous les regards est un autre moyen de questionnement. Il s’agit de récupérer, travailler, manipuler ce qui est tantôt dissimulé, tantôt arboré et qui toujours marque une identité. Les cheveux cachés par le foulard. Le foulard qui révèle les cheveux.

Ici les cheveux ( objet sensuel et interdit ) disent ce que les mots ne parviennent pas ou ne sont pas autorisés à formuler. Le foulard par exemple, bel objet porteur de sens, accessoire qui renvoie à la fois au luxe, est aussi celui qui fait parfois scandale et polémique en fonction des sociétés et des valeurs véhiculées , selon la manière de le porter…

Au travers de ce médium j’interroge notre regard sur ce qui est parfois devenu tabou et souvent sujet de discorde sur ce qui définirait notre  « identité ».