OLIVIER BALAGNA

C'est en travaillant pour la danse contemporaine, en tant que concepteur de lumières, que j'ai progressivement introduit les nouvelles technologies dans mon travail créatif et technique. J'ai ainsi développé, pour plusieurs compagnies, des programmes qui synchronisent la lumière, le son et la vidéo ainsi que des dispositifs interactifs ludiques par lesquels les interprètes agissent en temps réel sur les différents médias.

Au fil des années, je me suis affranchi des commandes pour me consacrer à des œuvres plus personnelles, des installations comme le Portique aux Secrets ou le KuckucksUhrKonzert.

Je travaille principalement avec Pure Data, qui est un logiciel libre de programmation graphique pour la création multimédia en temps réel. C'est un outil génial qui permet de générer du son ou de l'image mais aussi de traiter n'importe quel type de signal électrique pour faire communiquer les systèmes apparemment les plus antinomiques et automatiser ces dispositifs. Ainsi, le son peut, par exemple, générer de la lumière et les mouvements du public peuvent actionner et contrôler en temps réel toutes sortes de systèmes et de machineries.

Dans mes recherches artistiques, j’associe souvent les technologies anciennes et les nouvelles.

C’est très intéressant car cela permet de revisiter le fonctionnement de certains objets et, soudain de leur ouvrir de nouvelles possibilités, de les intégrer dans un nouvel environnement auquel ils n’étaient a priori pas destinés. Dans certains cas, cela permet aussi de mettre en relief des continuités technologiques qui, sans cela, ne seraient pas forcément perceptibles. Ainsi, je travaille actuellement à un futur projet qui utilise les cartes perforées des anciens métiers Jacquard : elles sont « lues » par des têtes laser puis interprétées par un programme informatique qui en retranscrit le code sous forme de signal lumineux et réalise dans l’espace un immense tissage de lumière. En dépit de l’aspect apparemment vieillot et dépassé des cartes perforées, la continuité devient tout-à-coup évidente : cette invention du XVIIIe siècle, c’est déjà de l’informatique, du code binaire et de la mémoire de masse ; et si les ordinateurs les plus performants d’aujourd’hui ont énormément gagné en poids et en volume des composants, en maniabilité et en rapidité des processeurs, la logique novatrice et géniale sur laquelle il reposent est rigoureusement la même.

Ce type de démarche oblige à une certaine humilité : il y a des vieux savoir-faire qui gardent encore toute leur puissance visionnaire tandis que nombre de technologies novatrices ne le sont qu’à la superficie : elles ne font guère que recycler du vieux sous un nouvel emballage ou bien jouent sur la fascination de l’inattendu ou du mystérieux alors que les principes qui régissent ces pseudo-nouveautés relèvent du bouton-poussoir (je pense aux écrans tactiles) ou, au mieux, à la conversion d’une onde électro-magnétique (je pense à tous les capteurs à distance et aux univers augmentés).

Autre exemple : rien de plus kitsch, voire même ringard, que ces petites « pendules à guérite » que l’on nomme « coucous » ! Pourtant, lorsqu’elles furent inventées en 1850 par Friedrich Eisenlohr, architecte des chemins de fer badois, leur design fut considéré comme révolutionnaire : il était, pour la société de l’époque, un véritable symbole de progrès, lié à l’imaginaire ferroviaire de ce siècle (à l’origine, la « maison » représentait une guérite des chemins de fer). Ainsi, une nouvelle esthétique visuelle et sonore apparaissait.

Avec mon installation KuckucksUhrKonzert, j’instaure un contrôle informatique de ces petites « pendules à guérite », une synchronisation globale de 40 horloges-coucous. Je les inscris ainsi dans une continuité technologique qui articule la mécanique et l’informatique, la simplicité technique et la complexité de la gestion des signaux, l’ancien-nouveau et le nouveau-nouveau.

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